Qui es-tu Alaska ? de John Green

Je viens de terminer la lecture de Qui es-tu Alaska ? (titre original: Looking for Alaska) le premier roman de John Green écrit en 2005, à l’âge de 25 ans.

Si vous ne connaissez pas cet ouvrage, je vous retranscris ici le résumé du livre :

La vie de Miles Halter n’a été jusqu’à maintenant qu’une sorte de non-événement. Décidé à vivre enfin, il quitte le cocon familial pour partir dans un pensionnat loin de chez lui. Ce sera le lieu de tous les possibles. Et de toutes les premières fois. C’est là aussi qu’il rencontre Alaska. La troublante, l’insaisissable et insoumise, drôle, intelligente et follement sexy, Alaska Young.

John Green ; traduit de l’anglais (américain) par Catherine Gibert

Avant de faire ma liste habituelle de ce que j’ai aimé et de ce que je n’ai pas aimé, je tiens à dire que j’ai été agréablement surprise. Moi qui m’attendais à un roman écrit uniquement pour un public de moins de 15 ans, je me suis retrouvée face à une écriture qui se veut simple et mature, de sorte à ce qu’elle soit appréciée autant par les adolescents que par les jeunes adultes, une écriture dont les sujets ouvrent les portes à des débats et des réflexions infinis. Nous sommes ici en compagnie d’un narrateur interne : Miles Halter, le personnage principal. Et nous suivons avec aisance ses aventures à travers ses yeux de jeune homme de 16 ans.

Ce que j’ai particulièrement aimé

~ La structure. Le roman se découpe en deux parties : AVANT et APRÈS. Chaque chapitre a pour titre [tant de jours] avant. On commence par Cent trente-six jours avant jusqu’à l’événement (que je te laisse découvrir si tu es intéressé.e), puis ça reprend avec Trois jours après etc. Je trouve l’idée judicieuse parce qu’elle apporte à la fois un rythme et une tension. “Trente jours avant quoi ?”

~ Les dernières paroles. Voilà un drôle de loisir, mais loin d’être inintéressant. Il s’agit du loisir de Miles qui se trouve être aussi une passion de l’auteur. Cette histoire du Grand Peut-Être vient de François Rabelais dont les dernières paroles seraient, selon John Green : “Je pars en quête d’un Grand Peut-Être”. Je ne vous donnerai pas trop de détails sur sa signification car je trouve que John Green l’a très bien racontée à travers le professeur de religion de Miles.

~ Les surnoms. La plupart des personnages a un surnom. (Alaska est une exception expliquée dans le roman) Encore une fois je te laisse la surprise. Je parle des surnoms, mais en réalité j’englobe toutes ces petites choses qui font partie de la vie d’un adolescent (les surnoms, les blagues, les stratégies pour transgresser le règlement, le rapport à la sexualité).
Enfin, il y a ce que j’appelle des “rappels d’expression” ou des “rebondissements”. Je vous donne quelques exemples : “Le Grand Peut-Être” est un groupe de mots qui revient de temps à autres dans le roman ; “TABLE BASSE” qui désigne un objet qui n’est pas une table basse mais qui est utilisé tout comme ; le “regard qui tue” de “l’Aigle” ; …
En somme, le tout est bien amené, même si les “rappels d’expression” sont parfois excessifs.

La quête de sens

Sans divulguer les grands axes du roman, une des intrigues secondaires m’a beaucoup plu : la quête de sens. C’est à l’adolescence que nous faisons face au savoir du monde, à l’au-delà et à toutes les formes de sciences que nous pouvons connaître. Je ne résumerai jamais aussi bien que l’auteur lui-même, mais je peux dire que j’ai appris avec le personnage autant que j’ai appris durant ma propre période adolescente.

Que tu sois un.e amateur.e de ce genre de romans ou non, j’espère que ma chronique te donne envie de te pencher sur la lecture de Qui es-tu Alaska ?

La balançoire

Tout se déroulait pourtant si bien. Qu’ai-je bien pu faire pour mériter une telle humiliation ? Le paieront-ils un jour ? Je l’ignore encore. Tout ce que je sais, c’est qu’en ce moment je les vois tous, ces misérables. J’avais tout pour réussir, absolument tout, et me voilà maintenant lâchement abandonnée, pour l’éternité. J’aime beaucoup cette balançoire, et en même temps, j’en ai marre d’être avec elle. Elle ne scintille plus autant que le jour où je l’ai rencontrée. Je me souviens encore du temps où elle me rassurait quand je pleurais, du temps où elle me balançait très haut dans les cieux, juste au-dessus des gratte-ciels. Je surplombe la ville depuis cette balançoire, c’est un point de vue que je n’avais jamais remarqué auparavant. Ils sont tous méchants avec moi, tous.

 À peine suis-je arrivée ici que je pleurais si fort que si les gens pouvaient entendre cette cascade d’eau cela ne m’aurait pas étonnée. Je suis arrivée comme si je venais de naître, mais avec un esprit plus clair et plus propre, bien que j’aie perdu le langage en chemin. Enfin, à quoi cela m’aurait-il servi ici ? Je vis dans les nuages maintenant, je respire la fumée que la ville dégage jour et nuit, mais cela ne m’affecte plus. Pour moi, la fumée noire et l’air pur se confondent pour former une vapeur qui passe au travers de mon corps, comme une fée qui passerait par là. Les fées n’existent pas, sinon il y a longtemps que j’en aurais croisé. Tout cela m’ennuie peu à peu, et la balançoire semble s’en moquer. Je me demande d’ailleurs qui l’a déposée ici. Qui aurait été assez dingue pour en construire une aussi haut ? Peut-être des fées, si elles existent elles sont invisibles, ou bien je suis insensible.

 Au début, j’ai beaucoup aimé me pencher le plus en avant possible, m’accrochant à la balançoire pour ne pas chuter, laisser plonger ma tête vers mes petits pieds, abandonnant les muscles de mon cou, pour admirer la ville d’une vue dont je suis la seule à pouvoir profiter, et je riais naïvement, je riais comme une enfant. Mes rires se perdaient au loin, je les regardais partir, cela me plaisait.

 Ai-je le mérite de profiter d’un tel spectacle dont je commence à me lasser ? Si je demandais aux autres, la réponse serait évidente : je n’ai aucun mérite à être là, si je suis là, c’est parce qu’ils m’ont poussée.

 Que ce passerait-il si, par un simple coup de tête, je lâchais prise et me laissais tomber dans le vide ? Seraient-ils prêts à me rattraper ? Que serait la vie si nous ne tentions jamais rien par peur d’échouer ? Le cœur lourd mais serein, je contemple une dernière fois l’horizon. C’est la fin de la matinée. Tout est sombre. J’aurais préféré plonger un jour d’été, mais je sens au fond de moi que l’attente me serait vite insupportable. Tout est là, si loin dans les airs, au creux de mes mains. La balançoire décrit un rapide mouvement de l’avant à l’arrière, de l’arrière à l’avant, comme une brise qui me caresse les joues. Maintenant que tout est imprégné dans ma mémoire, je ferme les yeux, je lâche prise.

 Personne ne m’a rattrapée. Au lieu de ça, je me suis envolée.