Haïkus (n°94 au n°100)

École

Nos temps dévastés
Au départ c’étaient les billes
Maîtres des destins

Belle-de-nuit

Couleurs chatoyantes
Parfum exquis de la nuit
Partout elles poussent

Demain

Nul ne sait ce que
Sera notre lendemain
Le présent d’abord

Noël

De toutes les fêtes
Noël est encore plus beau
Magie de flocons

Nouvelle année

Encore une fois
Espérons qu’elle soit meilleure
Que la précédente

Mer

Vagues ondulées
Devant elles je m’hypnotise
Jusqu’à la marée

Automne

Acceptation lente
Comme franchir une étape
Les couleurs se chauffent


Mes 100 premiers haïkus. N’hésitez pas à m’écrire vos préférés en commentaire !

Haïkus (n°73 au n°93)

Minimaliste

Style très épuré
Des allures contemporaines
Caractères boisés

Argent

Ô mon doux argent
Ô enfer à celui
Qui m’a pris ma pièce

Bonheur

Mon amour s’amuse
Ma flamme s’agite en forme
Ma peine envolée

Voyage

Partir dans l’esprit
Fourré marais ronce buisson
À travers les mots

Courage

Regard apeuré
À cet appel il répond
Brillant sacrifice

Café

Bouillonne mes yeux
Parfum embaumant la pièce
Redonne du courage

Consumérisé

Vitre après vitrines
Comme un chien la gueule ouverte
Je mords tout toutou


Voyage

Encore une fois
Je pars et je reviendrai
Pour toute ma vie

Chemin

Par ici ou là
Pourquoi ici et pas là
Ah si j’aurais su

Vent

Je lui tends ma main
Elle ne me la serre pas
Las je pars sans elle

Anniversaire

Mon ami voici
Un joyeux anniversaire
Amour que pour toi

Reflets

Moi floue au miroir
Moi floue au fond de l’eau claire
Moi floue face aux autres

Changement d’heure

Décalage horaire
Ma boussole se dérègle
Le métal me guette

Danse

Je tourne je saute
Je balance je savoure
Ma muse qui danse


Biodiversité nocturne

Un calme attendu
Par tous les lieux où s’éveille
La vie invisible

Intelligence

Un croissant de lune
Ou bien un poulpe grandiose
Tout est relatif

Boussole

Je suis le métal
Qui s’affole à toute allure
Quand il voit boussole

Silence

Le monde entier tu
Coupez donc le ciel en deux
Étoiles filantes

Couvre-chef

À l’abri des yeux
Ma calvitie fait la moue
Chapeau mon sauveur

Bêtise humaine

Tous à notre perte
Tant de beaux jours effacés
Le printemps s’en va

Pollution lumineuse

Feux des projecteurs
Manque d’air défile bien
Devant je me meurs

Haïkus (n°52 au n°72)

Avenir

Dans un jour ou deux
Oui je l’espère pour toi
Tu seras papa

Victoire

Glorieux soldats
Hommes et femmes du monde
Applaudissez-vous

Mélancolie

Que ce long songe
Qui gravit en ces eaux troubles
Perturbe mes sphères

Secret

Enfouie dans son cœur
La vieille femme s’enlise
Au sommet des tours

Écriture

Plumes papier
Grave les mots du futur
Machine du temps

Tendresse

Yeux face à la table
Un regard doux mais caché
Assez pour rêver

Mensonge

Elle se dit pourquoi
Finir sur une telle note
Secrets abolis


Colère

Sentence du diable
Aucun mot ne me vient
La lumière éteinte

Naïveté

Crois-tu qu’il existe
Il ne devrait pas tarder
Cela va sans dire

Rose

Rosie par le temps
Sur ta robe les fleurs fanent
Juste comme il faut

Confiance

Les yeux plein de larmes
Tu regrettes tous tes mots
Va je te pardonne

Lumière

De l’autre côté
Le souffle d’une cigarette
Émane du nez

Passion

Feu ardent s’enlise
Dans le creux de tes mimines
Bel ours déchaîné

Joie

Quand les éclairs fusent
Le champagne n’attend pas
Bonne année à tous


Patience

Tunnel de métro
Rendez-vous avec la mort
Récompense vaine

Espoir

Une chanson douce
Berceuse qui jadis
Provenait des limbes

Sensualité

Frisson féérique
Effleurer le ciel ensemble
Silence de vie

Déception

Attendre pour quoi
En plus elle ne m’a rien dit
Plus de confiance

Quiétude

Galets qui se croisent
Mouvements fluides de l’eau
Réincarnation

Automne

Il pleut dans mon âme
Remplie de couleurs chaudes
La brise m’éclaire

Charme

Gentille courbette
Cheveux au vent naturels
Non je n’ose pas

Haïkus (n°1 au n°51)

Vanille

Épice hérissée
Une gousse toute fraîche
Un bourbon muet

Une glace froide
Ravive les courageux
En ce jour d’hiver

L’achèvement vint
La fin d’un beau paysage
Ma gousse s’envole

Blé

Parfum étouffant
S’effiloche entre mes doigts
Jusqu’à ce qu’il brûle

Prends garde au vent froid
Ma douce brise dorée
Ou tu périras

Notre été s’achève
Tandis que je te regarde
Une dernière fois

Bretagne

Paysage rare
Les gens du sud se l’arrachent
Laissez les oiseaux

Je parle à tous les
Amoureux de la nature
Laissez leurs abris

La Bretagne est belle
Je pars d’un bon sentiment
Adieu l’enfance

Humour

Je le dis sans rire
Le rire est une science
Avant toute chose

Bonheur en un souffle
Éclaire une fois ma vie
Quand il est sincère

Devant ma copine
Je sors une blague à part
Dommage aucun rire

Chaleur

Désert prévenant
Brûle ma chair sans salut
Comme joies d’antan

Carbonise plante
La chlorophylle se meurt
Détruis tes limites

Bien pas de panique
C’est seulement de la lave
En fusion qui tue

Soin

Toute la journée
Elle ne s’en lasse jamais
De le savonner

Nuit et jour l’épée
Reçoit caresses et baisers
Du grand forgeron

Jamais mieux servi
En hygiène et en usage
Que par notre temps

Bleue

Couleur de la mer
Dont les vagues prennent goût
Aux mille saveurs

La Côte d’Azur
En ses vagues nous dévoilent
Les reflets du ciel

En tant que fond bleu
Tous et toutes se l’arrachent
Selon mes amis

Érotisme

Que ce goût de fraise
Au plus profond de ton être
M’emporte à jamais

Au bord du grand lit
Je t’implore ô ma déesse
De me cueillir là

Quand la grotte vient
Le doux silence s’échappe
Laissant place aux dieux

Solidarité

Tout en nous s’anime
Nous savons nous respecter
Quand la flamme est là

Les éclairs s’approchent
Avec toi à mes côtés
La peur ne vient pas

À chaque pas trouve
Toujours plus rapidement
Une main tendue

Espoir

Tant que tu es là
Je tenterai toujours tout
Jusqu’à en mourir

Peut-être qu’un jour
Tu auras assez mûri
Je tiens à le voir

Si tu es heureuse
Que l’on vive loin de l’autre
Je respecterais

Feu d’artifice

J’ai besoin d’éclairs
Colorant cette nuit sombre
Me couvrant la vue

J’ai rêvé encore
Cette nuit avec toi qui
N’a jamais eu lieu

Au dernier éclat
Un long baiser passionnel
Aux mille couleurs

Peau

Elle s’est déchirée
Quand tu es tombé au sol
J’ai vraiment eu peur

Bon un dernier coup
De soleil sur mon armure
Qui maintient en vie

Je vis un calvaire
Depuis que tu m’as quitté
Mutilé la peau

Illusion

Elle a attendu
Que je lui tende la main
Et elle y a cru

Triplette de [i]
Quand on le lit sans comprendre
Or ce sont deux [l]

Je disais enfin
Je ne sais plus qui je sens
Dans l’épais brouillard

Aurores

Un charmant prénom
Pour un grand ballet d’étoiles
Tels que tes doux yeux

Spectacle radieux
Que nous offre le cosmos
Atmosphère trouble

Aurores polaires
Ou aurores boréales
Toutes au sommet

Retour

Mais alors qu’est-ce
Qu’un monde sans haïku
Un fruit sans saveur

Il est revenu
Le démon dans son esprit
Pourquoi l’a-t-il fait

Un retour aux sources
Avant le retour au calme
Jour tant attendu

Colère

Tout était fin prêt
La rage coulait en moi
Et s’est laissée faire

Après moult prises
Aucune solution
Pour mon grand malheur

Dans le noir j’écoute
Les aveux de ma cousine
Envie de tuer

Liberté

Enfonce-toi dans
L’alcool des célibataires
Respirer un air

Les oiseaux s’envolent
Sur mon cahier enfantin
Balayant ma mort

Tous derrière un masque
Disent certains et certaines
Plus aucun humain

L’éclaircie après la pluie

Abandonnée par tous mes sens.
Je suis à la merci de mes connaissances.
Éprise de toi comme tu l'es de moi.
Je suis en bas, ma tête dans tes bras.

Nuages qui suintent, de l'eau qui fuit.
S'immisce dans nos habits.
L'éclaircie après la pluie.

Falaise en ruines, plus loin.
Les marches vers la mort nous font signe.
Attirés par un cygne.
Plus près, cœurs par les mains.

Le grenier où tu m'as entraînée.
En me disant ne bouge pas je reviens.
J'ai compté les poussières du plancher.
Redoutant les grognements des chiens.

Cachée derrière un miroir.
Je prie pour y voir ton reflet.

Ce qu'il s'est passé.
Ce que les arbres ont vu.
Avec eux notre accord est convenu.
J'y vois plus clair, je peux m'en aller.

Deux mains m'attendant.
Au rythme du temps.
J'en ferai autant.
Pourtant.
La plume s'égare souvent.
Emportée par le vent.
Portée tel un vivant.
Ma tête en bas, dans tes bras.

Je sens ton regard qui fuit.
Et les nuages qui s'assèchent.
Les songes ne viennent pas.
Ils viennent quand tu es là.

Quand tes yeux rencontrent mes yeux.

Ma planète se change en merveille.
Ma nature meurt et revit.
Mes bravoures et mes peurs s'enlacent.
Mes genoux s'ébranlent.
Ma coupe déborde.
Ma poitrine se résorbe.
Et mon cœur se fige, et s'emballe, et se tétanise.
Dans un tumulte incompréhensible.

Ta main qui se tend.
Je ne la prends pas.
Parce que j'ai vu entre-temps.
Un avenir plus grand, à deux pas.

Ma bravoure l'emporte parfois.
Comme parfois les bonnes personnes gagnent.

Du temps pour tout, même pour l'absence.
C'est l'histoire de deux chemins.
Pour une seule destination.
Du temps à prendre, même pour une rose.

En attendant, j'attends.
Pour m'occuper l'esprit.
J'inspire.
Et j'écris.

Coup de foudre

Des yeux qui s’accrochent. Une lanterne allumée, posée sur un comptoir. Un piano joue tout seul une mélodie enivrante. Un filament doré tourne autour d’eux, comme un ruban que le vent a décroché de son piquet. Les notes tournent avec eux, sans les regarder, elles ne servent qu’à les accompagner. D’un côté, une robe blanche qui n’en finit pas de s’étendre, avec sa porteuse, suspendues au-dessus du vide nuageux. De l’autre, un ensemble, veste, chemise et nœud papillon, cherche à danser avec son porteur qui ne pense pas à lui. Ils se tiennent par les mains dont les doigts se déracinent doucement, comme s’ils avaient peur de tomber. Le fil d’or se décuple, ils s’agitent un peu plus. La chaude lanterne éclaire à peine, mais ni l’un ni l’autre n’a besoin de lumière pour se perdre dans leurs yeux. Ils ne tombent pas, ils flottent. Leur cœur respectif tambourine dans leur poitrine, leurs côtes jouent de la harpe, leurs bras restent silencieux, trop occupés à s’échanger des énergies apaisantes. Des yeux qui pétillent. Deux âmes qui palpitent. Quatre mains reposées, frissonnant de plaisir. L’un face à l’autre, ils ne se lâchent jamais, ils n’en sont pas capables, et n’y pensent même pas. Tous deux expirent sans inspirer, cela aussi, ils l’ont oublié. Ils ont oublié comment respirer. Une image, figée dans le temps. Un miroir qui n’est plus un miroir mais un mur d’eau. Tous deux sont encerclés de cascades. Ils ne flottent plus, ils volent, se tirent l’un et l’autre vers le haut. Leur corps se penchent sur le côté, comme s’ils gravissaient un escalier en colimaçon, le tout sans se quitter. Ils n’ont pas besoin d’ailes pour s’élever, leur légèreté suffit. Leurs habits se mouillent de perles. Les cheveux relâchés. Les frissons qui s’estompent. La lanterne qui ne s’éteint pas et le piano qui se tait. L’eau s’écoule.