Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu

Journal d'un vampire en pyjama

J’ai l’impression que le sang vient directement de son sourire. J’ai envie de la prendre dans mes bras et de l’empêcher de quitter la chambre. Une joie profonde se diffuse en moi avec une telle intensité que je sens venir les larmes, mais je ne veux pas chialer devant l’infirmière avec mon T-shirt Spiderman et tout.

Mathias Malzieu, Journal d’un vampire en pyjama (2016), p.183 éditions Albin Michel
Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu (éditions Albin Michel 2016)

Cinq ans après que ce livre m’a laissée les larmes aux yeux, je le relis avec un œil nouveau. C’est avec joie que je m’apprête à vous parler de mes ressentis face à cette lecture simple et dramatique à la fois.

• Une autobiographie sincère •

Journal d’un vampire en pyjama est, comme son titre l’indique, le journal intime que tenait Mathias Malzieu pour raconter une période aussi difficile que marquante : son combat contre une maladie, déclarée en novembre 2013. Il s’agit de son sixième roman dont la quatrième de couverture (édition Albin Michel 2016) indique ces quelques mots : “Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’aie jamais vécue.”
J’ai trouvé ces textes très sincères. Bien sûr, il est tenté de dire que cela va de soi puisque l’auteur raconte sa propre vie, hors il y a une différence entre ressentir et écrire ce que l’on ressent. C’est le travail de tout écrivain, peu importe l’histoire racontée. En ce qui concerne Mathias Malzieu, c’est réussi !

• Les références et jeux de mots •

S’il y a bien quelque chose que personne ne peut rater, c’est bien cet amas de références et jeux de mots qui prolifèrent entre les lignes. La plupart du temps j’ai bien accueilli leur présence, mais il arrive quelques fois où les références et comparaisons à la “on dirait que” envahissent un peu le texte (surtout au début du roman), ce qui m’a fait sortir de l’histoire, et c’est bien dommage.
Fort heureusement, les références et jeux de mots sont bons et intéressants, parce qu’ils ne sortent pas de nul part. J’ai donné comme exemple la citation qui a ouvert ma chronique : le T-shirt Spiderman. Pourquoi Spiderman ? Parce qu’avant d’être un super-héros, c’est un jeune homme qui doit surmonter ses propres problèmes tout en protégeant ceux qu’il aime. Mathias Malzieu s’incarne en Spiderman tout au long de son histoire, même s’il ne donne le nom du super-héros qu’au dernier acte du roman, parce qu’il veut rassurer ses proches et a beaucoup de mal à leur dire toute la vérité sur la gravité de sa maladie. Je retiens donc ce parallèle qui m’a beaucoup plu (et pas seulement parce que j’adore Spiderman) !

• Conclusion •

Pourquoi j’ai décidé de vous parler de ce livre ?

Ce qui m’a le plus marquée, c’est la légèreté du ton choisi pour aborder un sujet dramatique. On se surprend à sourire pendant des scènes loin d’être amusantes, et je trouve cela très fort ! Ce serait dommage que vous passiez à côté. 😉

Intéressé.e.s par la lecture de Journal d’un vampire en pyjama ? Vous pouvez vous le procurer en librairies comme en grande surface (mais en tant qu’auteur je vous recommande fortement les libraires) !
Vous voulez en savoir plus sur Mathias Malzieu ? Allez donc faire un tour sur le site de Dionysos !

• Annexe : l’écriture pour soi •

Je vais aborder un point délicat, qui est à mon sens le danger du journal intime : écrire pour soi. C’est la définition d’un journal intime, il est donc normal que le lecteur, quand il lit le journal intime de quelqu’un, ne parvienne pas à s’identifier au personnage principal, parce que celui-ci écrit ce journal pour lui, et non pour un lecteur. Pour moi, une histoire peut être écrite pour nous-mêmes, mais si l’on veut toucher, si l’on veut témoigner pour aider, il est primordiale de penser à ceux que l’on veut toucher, ceux que l’on veut aider. Je m’égare un peu, mais je profite de cette chronique pour en parler parce que c’est un sujet à débats que je trouve très intéressant.

“Je voudrais tout prendre en photo, et emmagasiner de l’air pur en souvenir.”

Bonus : ma phrase préférée !!

Merci d’avoir lu jusqu’au bout ! J’espère que ma chronique t’a plu. En tout cas, j’ai hâte de te retrouver pour un prochain article ! 😊

Qui es-tu Alaska ? de John Green

Je viens de terminer la lecture de Qui es-tu Alaska ? (titre original: Looking for Alaska) le premier roman de John Green écrit en 2005, à l’âge de 25 ans.

Si vous ne connaissez pas cet ouvrage, je vous retranscris ici le résumé du livre :

La vie de Miles Halter n’a été jusqu’à maintenant qu’une sorte de non-événement. Décidé à vivre enfin, il quitte le cocon familial pour partir dans un pensionnat loin de chez lui. Ce sera le lieu de tous les possibles. Et de toutes les premières fois. C’est là aussi qu’il rencontre Alaska. La troublante, l’insaisissable et insoumise, drôle, intelligente et follement sexy, Alaska Young.

John Green ; traduit de l’anglais (américain) par Catherine Gibert

Avant de faire ma liste habituelle de ce que j’ai aimé et de ce que je n’ai pas aimé, je tiens à dire que j’ai été agréablement surprise. Moi qui m’attendais à un roman écrit uniquement pour un public de moins de 15 ans, je me suis retrouvée face à une écriture qui se veut simple et mature, de sorte à ce qu’elle soit appréciée autant par les adolescents que par les jeunes adultes, une écriture dont les sujets ouvrent les portes à des débats et des réflexions infinis. Nous sommes ici en compagnie d’un narrateur interne : Miles Halter, le personnage principal. Et nous suivons avec aisance ses aventures à travers ses yeux de jeune homme de 16 ans.

Ce que j’ai particulièrement aimé

~ La structure. Le roman se découpe en deux parties : AVANT et APRÈS. Chaque chapitre a pour titre [tant de jours] avant. On commence par Cent trente-six jours avant jusqu’à l’événement (que je te laisse découvrir si tu es intéressé.e), puis ça reprend avec Trois jours après etc. Je trouve l’idée judicieuse parce qu’elle apporte à la fois un rythme et une tension. “Trente jours avant quoi ?”

~ Les dernières paroles. Voilà un drôle de loisir, mais loin d’être inintéressant. Il s’agit du loisir de Miles qui se trouve être aussi une passion de l’auteur. Cette histoire du Grand Peut-Être vient de François Rabelais dont les dernières paroles seraient, selon John Green : “Je pars en quête d’un Grand Peut-Être”. Je ne vous donnerai pas trop de détails sur sa signification car je trouve que John Green l’a très bien racontée à travers le professeur de religion de Miles.

~ Les surnoms. La plupart des personnages a un surnom. (Alaska est une exception expliquée dans le roman) Encore une fois je te laisse la surprise. Je parle des surnoms, mais en réalité j’englobe toutes ces petites choses qui font partie de la vie d’un adolescent (les surnoms, les blagues, les stratégies pour transgresser le règlement, le rapport à la sexualité).
Enfin, il y a ce que j’appelle des “rappels d’expression” ou des “rebondissements”. Je vous donne quelques exemples : “Le Grand Peut-Être” est un groupe de mots qui revient de temps à autres dans le roman ; “TABLE BASSE” qui désigne un objet qui n’est pas une table basse mais qui est utilisé tout comme ; le “regard qui tue” de “l’Aigle” ; …
En somme, le tout est bien amené, même si les “rappels d’expression” sont parfois excessifs.

La quête de sens

Sans divulguer les grands axes du roman, une des intrigues secondaires m’a beaucoup plu : la quête de sens. C’est à l’adolescence que nous faisons face au savoir du monde, à l’au-delà et à toutes les formes de sciences que nous pouvons connaître. Je ne résumerai jamais aussi bien que l’auteur lui-même, mais je peux dire que j’ai appris avec le personnage autant que j’ai appris durant ma propre période adolescente.

Que tu sois un.e amateur.e de ce genre de romans ou non, j’espère que ma chronique te donne envie de te pencher sur la lecture de Qui es-tu Alaska ?

Pirates

 La lune n’a pas encore atteint son apogée dans le ciel nocturne qu’une troupe de gens de tous âges sont déjà à leur poste. Cédric est parmi eux, tout excité par cette soirée dont il rêvait depuis trop longtemps. Son instinct lui dicte qu’il est le seul novice du groupe, cela n’a pas d’importance. La salle de concert, minuscule de l’extérieur, donne sur une ruelle réservée aux piétons, en plein cœur de la ville envahie par les étudiants.

 Ce dernier a longuement hésité sur sa tenue de soirée, qui doit respecter à tout prix les codes voulus par le monde du rock. Il faudrait un T-shirt arborant un groupe mondialement connu comme AC/DC, détenteur du deuxième album le plus vendu au monde, ou encore Queen, sans parler de The Beatles. Il est cependant possible de porter des T-shirts de groupe que tout le monde porte sans savoir de quoi il s’agit, comme Killing Joke ou Ramones.

 Cédric a choisi le T-shirt du groupe qu’il compte voir en concert ce soir, c’est une idée très appréciée. Il est noir uni avec comme imprimé la pochette de leur dernier album. Cédric n’est pas très grand, il nage un peu dedans. Pour le moment, il n’a pas de tatouage et il n’a pas envie d’en avoir. Ses quelques bracelets rivet en cuir lui conviennent. L’étudiant voulait porter son bracelet de force offert par sa grande sœur Agathe, mais il compresse trop son poignet. Enfin vient le choix douloureux entre les Doc Martens et les Converse. Cédric n’a pas de Doc, de nos jours la qualité des chaussures baisse pour un prix identique, et puis, les Converse sont beaucoup plus agréables à porter. Les siennes sont montantes, bleu foncé et munies de semelles fines et blanches. Elles étaient présentées sur une table en bois dans une friperie quand il les a découvertes, impatientes de trouver un nouveau porteur. Elles sont un peu usées, mais à son goût et à la bonne pointure. Quelle chance, ce n’est pas donné à tout le monde, des Converse.

 Le voilà, notre petit Cédric, paré pour la grande aventure, présenté sous son meilleur jour.
 Il ne se posera jamais la question, mais il peut s’habiller comme il veut pour aller à un concert.

 Le bâtiment est compressé entre deux autres, lesquels s’étendent sur toute la ruelle. Autour de lui, les bars, boîtes de nuit et restaurants sont les plus prisés des fêtards. La façade est en bois, peinte en blanc, avec deux fenêtres battantes au premier étage et deux fenêtres lucarnes au second, toutes salies par des traces de doigts. Le toit en ardoise apporte une élégance minime. De loin, personne ne penserait qu’il s’agit là d’une salle de concert. Cédric, un peu intimidé par l’endroit et le monde, s’attarde sur ce qu’il voit au rez-de-chaussée depuis la ruelle. Trois fenêtres à l’ancienne rouge vif lui font découvrir une toute petite entrée avec un bar à sa gauche, derrière lequel vont et viennent les gérants qui portent tous une tenue similaire à la sienne. De l’autre côté de ce bar, des gens discutent et boivent des bières dans un gobelet avec des inscriptions que Cédric ne peut pas lire à une telle distance. Ce dernier respire un grand coup et se dirige vers l’entrée, à droite des fenêtres rouges, non sans une onde de stress qui marque des plis sur son front.

 Un agent de sécurité à la peau noir ébène doit baisser la tête pour découvrir le jeune peureux. Celui-ci lui tend son billet d’une main tremblante et passe sans encombre. Aucun des deux ne s’est vraiment regardé, seuls des bonsoir et merci à peine audibles se sont croisés.
 On entend une grosse caisse de batterie, au rythme lent et au son étouffé, depuis une pièce derrière l’entrée en forme de carré. En entrant, Cédric remarque l’escalier en bois de hêtre emmuré à sa droite. L’air chaud lui fouette le visage, pourtant, Cédric frissonne, sûrement par timidité. Il se fraye un chemin, manque à plusieurs reprises de renverser la bière d’un voisin, en direction du bar. Il est fait en bois de chêne, lisse, avec pour seule décoration un nombre incalculable d’autocollants de divers groupes et de logos que Cédric ne reconnaît pas. D’ailleurs, le bar n’est pas le seul. Tous les murs ont cette décoration, en plus des affiches indiquant les évènements à venir et les programmes du trimestre disposés sur une étagère. Derrière le bar sont alignées bouteilles et tireuses, ainsi que de quoi faire des cocktails.

 Cédric commande une Stella Artois en 25cl, de quoi l’ambiancer un petit moment. Il n’est pas le seul à venir seul, mais il n’a aucune envie d’aller parler à des inconnus. C’est comme cela qu’il veut savourer son premier concert : profiter un maximum, à sa façon. Quand il est entré, cinq minutes de concert se sont écoulées. Sans perdre un instant, Cédric emprunte la porte du fond, après le bar, traverse ainsi ce qu’il devine uniquement par l’odeur comme étant des toilettes, et ouvre une seconde porte donnant accès à la salle.

 Les quatre hommes anglais composant les membres du groupe portent tous une chemise. La chemise à rayures noires et blanches du bassiste, la chemise bleu uni du guitariste, celle d’un marron tacheté du batteur et la dernière à manches longues du chanteur dont la danse laisse Cédric perplexe. En tant que première fois, son choix est le meilleur qu’il pouvait faire, et il s’en rendra très vite compte, en bien comme en mal. Le genre de musique est un post-punk que peu de gens dans la salle ont l’habitude d’écouter, ce qui ne les empêche pas de s’enivrer. Cédric est parvenu à compter six projecteurs derrière le groupe, trois de chaque côté. Les deux du haut sont blancs et s’amusent à balayer la foule en dessinant des cercles de lumière, ceux du milieu passent du vert au rouge et restent fixes, et les deux derniers tournent sur eux-mêmes en projetant plusieurs petits cercles jaunes sur l’estrade. Cédric a d’abord détesté les rares secondes où les deux projecteurs du haut lui brûlaient la rétine, mais très vite, cette sensation ne le dérange plus. Il a déjà oublié les lumières, il pense maintenant aux gens qui l’entourent.

 Se trouver un bon poste d’observation n’est pas une mince affaire, et pour un petit homme, la tâche est ardue. Il n’a pas réussi à rester plus de deux morceaux au même endroit. C’est étrange, comme ambiance. Les gens avec lui dans la fosse ne dansent pas vraiment pour la plupart. Ils regardent le groupe jouer, fascinés, tout en maintenant une expression neutre. Ils se gardent bien de montrer leur excitation. Certains restent statiques par peur d’être jugés, mais pour beaucoup d’autres, c’est parce que le rythme n’est pas vraiment approprié pour bouger dans tous les sens. Pour les gens comme Cédric, c’est simplement parce qu’écouter une si belle musique leur prend tous leurs sens. Le corps ne répond plus.

 Cédric a trouvé son instrument fétiche : la basse. Il se rend très vite compte que sans elle, les morceaux perdraient beaucoup de leur éclat. Ce sont ses notes graves qui servent de socle pour soutenir toutes les autres. Elle maintient la mélodie pour laisser le chanteur respirer, et se repère avec la batterie. À elles deux, la guitare électrique n’a plus qu’à donner tout ce qu’elle a. Cédric aime aussi regarder tous ces câbles qui encombrent la scène, apportant l’énergie à tout l’orchestre, aux amplis, aux pédales, aux instruments, aux micros, aux projecteurs. Le sol tremble sous ses pieds, grâce à la grosse caisse et à la basse, un tremblement qui traverse tout son corps, comme s’il lui apportait de l’énergie, d’un autre moyen de communication que les câbles.
 Le chanteur n’a pas plus de vingt ans, les autres membres ont aussi l’air très jeunes. Il se tient au milieu, entre le bassiste et le guitariste, et ne tient le micro sur pied que quand il chante. Le reste du temps, il danse. Il plie ses coudes, balance ses avant-bras le long de son torse, se tord, plie et tend ses jambes et fait du surplace avec ses pieds. Si les gens ne savaient pas qui il était, ils le prendraient pour un fou.
 Cédric n’a jamais entendu une voix aussi grave de sa vie. Elle est rauque, s’enroule à chaque mot prononcé. Sa langue est sollicitée à tous les instants. Sa bouche laisse apparaître ses dents encore propres, mais aucun sourire ne vient illuminer le visage. Toute cette nervosité que l’on ressent dans sa voix, dans ses paroles que Cédric ne comprend malheureusement que très vaguement, ne lui donne pas d’autre choix que se laisser hypnotiser. Ils ont tous les cheveux courts, et finalement, ils sont bien habillés.
 Le guitariste, tête baissée, est plus concentré que jamais sur son instrument. Il est plus intimidé par la foule, qui n’est pourtant pas si grande, que terrifié à l’idée de devoir s’appliquer sans faire aucune erreur. Le bassiste, lui, est calme. Il observe ses amis tendus, et se dit qu’il ira les réconforter après leur performance. Enfin, le batteur est stupéfait de tenir aussi longtemps un tel rythme, lui qui d’ordinaire est toujours inquiet. Tous les quatre s’apprécient, cela va sans dire, mais il y a quelque chose qui plane dans l’air tandis qu’ils jouent, quelque chose que personne, pas même Cédric, ne remarque. Il est grand temps pour eux d’avoir une conversation, surtout qu’ils ne s’attendent pas aux semaines de gloire qui vont suivre la sortie toute récente de leur nouvel album.

 On trouve quand même, parmi la foule, des gens qui se bousculent et qui sautent. Tout indique qu’ils n’écoutent pas vraiment la musique. Personne ne dit rien, personne ne les voit, personne n’est gêné, tant ils sont sous le charme de ce qu’ils écoutent. Quelques moments endiablés font leur apparition dans les morceaux choisis, mais la plupart d’entre eux sont lents, loin d’être reposants pour autant.
 Après deux rappels, le concert s’achève. Les fumeurs s’empressent d’emprunter la porte de sortie pour se soulager, beaucoup retournent au bar. Cinq ou six personnes restent dans la fosse, dont Cédric, sous le choc de cette agréable soirée. Cédric n’oubliera jamais ce regard que le chanteur lançait. Il ne regardait pas les gens, il était là sans être là. Ses petits yeux dégageaient une profonde tristesse, derrière la surface qui déclamait des mots affreux mais sincères. Le jeune homme espère au fond de lui que ses amis lui remontent en ce moment le moral, dans leur loge, à seulement une dizaine de mètres de lui. Cédric brûle d’envie d’aller les voir. Il les adore, après tout. Il se retient cependant. Ils ne se connaissent pas, leurs affaires personnelles ne le concernent pas. Alors, Cédric passe la porte, traverse le bar sans un mot et quitte le bâtiment.

 Il fait encore plus sombre et froid que quand il est entré. Il grelotte sous son T-shirt. Sans jeter un œil derrière lui, il s’enfonce dans la pénombre et rentre chez lui, les oreilles ravies, son gobelet vide à la main, en passant en boucle le dernier morceau dans sa tête.

 Dans la loge, Ian Curtis, éreinté, est assis sur un divan.