« [Rose] – Les enfants sont à la base de notre groupe. Le Guide a très vite compris que par eux, l’avenir de sa foutue Communauté était assuré. C’est par les enfants que tout a commencé à vrai dire. Ils ont toujours été une proie facile à la manipulation. Ils sont comme un entonnoir dans lequel on peut verser facilement ses idéologies. […] Ils sont une feuille vierge sur laquelle il est possible d’écrire tout ce qu’on veut. »

La Communauté, Anthéa Claux (2020), p.67.

La Communauté (première de couverture), Anthéa Claux (2020

Deux inspecteurs interrogent Rose, une jeune femme de 25 ans, croyante rescapée avec son amie Serena d’une secte méconnue qui contamine la ville depuis plusieurs années, et qui a détruit leur vie et leur famille : la Communauté. L’écriture jongle entre le présent et le passé, alternant l’interrogatoire, dont le but est de les faire parler pour trouver le Guide – le créateur de la Communauté – et le renverser, et les souvenirs qui reviennent peu à peu au fil de l’entretien et des jours qui passent.
Il s’agit du premier roman d’Anthéa Claux, une jeune auteure de 19 ans, étudiante en deuxième année de classe préparatoire littéraire. La narrateur interne est Rose, le personnage principal. Je ne vous en dévoilerai pas davantage sur le passé des personnages car c’est là tout l’enjeu de son roman.

Je dois dire que je suis impressionnée par la qualité de l’écriture pour un premier roman. Ce n’est pas courant et cela fait plaisir ! La première partie nous laisse volontairement dans la confusion. On ne sait pas vraiment qui est Rose ni ce qu’elle a traversé dans la Communauté ni les épreuves qu’elle a dû affronter. Toutes ces informations viennent au fil des chapitres. C’est un réel plaisir pour les lecteurs qui aiment prendre leur temps.

Dans La Communauté, l’auteure ne cesse pas un instant d’établir des parallèles entre cette secte (bien que le mot ne soit volontairement jamais employé dans le roman) montée de toutes pièces et la Religion dans sa globalité. Mais dans la Communauté, leurs idéaux et principes sont poussés à l’extrême, allant pour les croyants jusqu’à la torture et la peine de mort pour avoir écouté de la musique ou dit un mot de travers à propos du Guide ou des Anges (l’équivalent de la police). Ces parallèles sont subtilement mêlés au lien entre la Communauté et le gouvernement, prétendant que dans leurs fondements ils ne sont pas si différents. C’est un message que je ne peux qu’approuver ! L’auteure a puisé ses inspirations dans beaucoup de ressources littéraires et cinématographiques, dont son roman préféré : La Servante Écarlate de Margaret Atwood.

La Servante Écarlate, Margaret Atwood (première de couverture – 1985)

Résumé de La Servante Écarlate

« Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. »

Résumé de La Servante Écarlate (source: Babelio)

Parlons un peu de Rose…

« [Rose] – C’est là que l’on peut constater l’importance des mots. Si je disais « torture » les gens réagiraient. Ils se révolteraient et plaideraient l’indignation face à la cruauté humaine. Alors que si je disais « punition aggravée » la pilule passerait mieux. […] « Tuer » est un verbe plutôt fort alors que « rejoindre notre seigneur » est plutôt raffiné. Oui, c’est cela, je crois qu’ils veulent rendre la mort raffinée. »

La Communauté, Anthéa Claux (2020), p.144

C’est un personnage qui a su me toucher de par ses expériences et son courage, bien qu’elle-même se considère longtemps comme une lâche à cause de ses actes. Dans la première partie du roman, j’ai ressenti comme un flou dans lequel elle nageait sans parvenir à remonter à la surface, d’où la phrase prononcée telle une politesse à presque chaque début de conversation entre croyants : « Que la lumière du Guide t’inonde. » J’ai beaucoup aimé cette idée que tous les croyants se noient peu à peu, et ne peuvent plus sortir de la Communauté une fois entrés.

Cependant, Rose n’est pas n’importe quelle croyante, bien au contraire. Ce qui me plaît, c’est qu’elle n’a pas voulu devenir spéciale, que son statut n’a fait qu’accentuer cette sensation d’être un outil du Guide et non plus un être humain.

  • Les points forts

La gymnastique maîtrisée entre les événements passés qui surgissent de sa mémoire, et le moment présent, gymnastique extrêmement difficile à gérer. C’est un bon point pour moi ! En revanche, il y a certains retours en arrière qui sont selon moi plutôt secondaires car ils apportent peu à l’intrigue. Je parle ici des flashback qui ne font qu’illustrer les propos des personnages au présent. Je trouve cela dommage parce que l’imagination du lecteur est inconsciemment plus restreinte.

La relation entre Serena et Rose, simplement époustouflante ! La psychologie de ces jeunes femmes est très profonde et bien développée, rendant des personnages attachants malgré la confusion que nous éprouvons quant à leurs intentions dans la première partie du roman.

L’originalité ! J’ai rarement entendu parler de ce genre de sujets dans les livres, d’autant qu’il est important, puisqu’on voit clairement ici que la fiction n’en est pas vraiment une. La façon dont l’histoire est racontée est aussi intéressante parce que l’auteure s’amuse avec la chronologie qu’elle n’hésite pas à chambouler, tout en prenant le lecteur par la main pour ne pas qu’il se perde.

Et la musique… Hell Yeah la musique !
En plus des références dissimulées un peu partout dans le roman (un préambule de Wild Child ?), l’auteure a pris le soin de glisser le QR code d’une playlist Spotify qu’elle a elle-même créée pour nous plonger dans la lecture. Je pense que c’est ce qui la démarque, et je l’encourage à continuer dans cette voie !

Petit bonus pour le « — Je t’aime. — Je sais. » de Star Wars revisité !

  • Les points faibles

La longueur. Pour revenir à ce que j’ai dit, certains passages auraient pu, à mon sens, être largement raccourcis car ils donnent une certaine redondance en donnant des informations que l’on a déjà.

En conclusion, est-ce que je vous recommande ce livre ?

Oui ! Ce premier roman, malgré ses petites lacunes que j’ai citées, révèle une auteure prometteuse ! Je vous recommande également son second roman Wild Child dont la chronique est disponible sur mon blog.

As-tu aimé ma chronique ? N’hésite pas à m’écrire en commentaire ou sur les réseaux sociaux !

Le roman est disponible en commande sur Amazon, ou sur la boutique de l’auteure, en emprunt Kindle ou pour 15,81 euros en broché.


« Dans les livres, il y a la pensée des Hommes. Et là où il y a de la pensée, il y a du jugement. Juger, c’est mauvais pour un régime autoritaire. « Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes. » a dit un jour Heinrich Heine dans Almansor. Il avait vu juste mais pas pour la Communauté. On ne brûle personne là-bas ; on les pend. »

– Anthéa Claux, La Communauté (2020)

Catégories : Lectures

Ceryse

19 ans | Fantasy L'univers entre les mondes (fin 2021) Comité de lecture chez Evasion Editions

1 commentaire

Ceryse · 19 février 2021 à 8h03

Mot de l’auteure : un travail de qualité qui montre un grand investissement, une lecture minutieuse de l’œuvre et une preuve de sincérité !

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